Au pied de la lettre

Précision admirable répondant à la nécéssité de substituer aux imaginations fantastiques du rêve primitif les vues claires de l’âge scientifique

Un grand merci à Juliette Audin pour son regard critique et ses idées drolatiques.

La lettre anthropomorphe

(Généalogie choisie)

« Les lettres ont d’abord été des images.
Le mot « alphabet » a été formé à partir des lettres aleph et beth, qui représentent respectivement, dans leur graphie ancienne, une tête de taureau (à l’envers) et une maison, dont le tracé emprunte à un hiéroglyphe égyptien où l’on peut reconnaître notre b couché.
Or, à toutes les époques, se révèle le souci constant – secret ou avoué – de rechercher dans le dessin des lettres cette figuration perdue. (…) C’est ainsi que, du Moyen Age jusqu’à nos jours, on retrouve ces alphabets faits de lettres-fleurs, de lettres-animaux, de lettres-hommes ou de lettres-objets. »
Massin, La lettre et l’image, Gallimard, 2003

L’architecture de la lettre détermine la composition. Dans ce cadre strict, les personnages s’ajustent en acrobates contorsionnés. A l’époque médiévale, on retrouve ce jeu dans les lettrines des textes enluminés. Dans un autre registre, les chapiteaux et modillons imposent leur ordre libérant du même coup le sculpteur de la nécessité de suivre les formes conventionnelles de représentation.

Mes lettres ne sont plus tout à fait des lettrines puisque le texte s’est réduit comme une peau de chagrin à un mot et une phrase… mais elles en gardent le souvenir.

A gauche, photo de chapiteau, Franck Horvat – A droite, exemple de lettrine enluminée : Le Psautier de Corbie, manuscrit carolingien du début du IXe siècle